2nd Voyage du Sénégal à Gorée
Le capitaine vient d’apprendre qu’il doit emmener des noirs vers Saint-Domingue et il n’est pas content mais il doit obéir et retourner à Gorée où la Compagnie entretien un centre de concentration des esclaves.
Le journal de bord vous est présenté ici sous une forme simplifiée et souvent reformulée afin d’en permettre la lecture à ceux qui ne sont pas familiers du langage marin. Certains mots, soulignés en tiretés permettent l’accès à un lexique. Il suffit de placer le pointeur dessus. Chaque jour est accompagné d’un commentaire qu’il suffit de déplier (signe +) ou replier (signe -) selon les besoins. La version intégrale du journal avec les extraits quotidiens du manuscrit est disponible en téléchargement au format pdf.
Jeudi 19 Septembre 1743

J’ai commencé à envoyer 12 nègres hommes à bord pour en faire des quartiers maîtres et aider mon équipage dont la moitié est malade et parmi lequel beaucoup sont des enfants. J’ai fait lever l’ancre mouillée. Le câble s’est trouvé endommagé à l’étalingure et l’orin tellement corroyé et ragué qu’on l’a changé.
Commentaire
On a là une belle illustration de l’ambiguïté de la relation avec les noirs. Quand le besoin s’en fait sentir comme ici, il paraît normal de les former pour leur confier un emploi de quartier-maître qui, autrement aurait été assuré par des blancs. On peut cependant facilement imaginer que l’égalité dans le travail ne se traduit pas par une égalité de traitement. Même s’il fait le travail d’un blanc, dans la mentalité de cette époque (et pas seulement d’ailleurs) un noir reste un noir.
Le nombre des captifs embarqués par la suite indique que ces 12 noirs formés comme quartiers maître n’en font pas partie. Il semble qu’ils aient été enrôlés pour aider l’équipage à la surveillance et aux soins des esclaves, voire pour servir d’interprètes avec les captifs. Pour autant ils ne sont pas inscrits, on s’en doute, dans le rôle d’équipage et n’apparaissent pas dans les mouvements de personnes. Ils n’ont peut-être pas quitté la terre ferme autrement que pour faire des changements d’ancre au mouillage.
Sur l’équipage de 71 hommes inscrits sur le rôle d’embarquement de La Favorite au départ de Lorient, on compte effectivement, 11 mousses de 12 à 17 ans et 7 matelots de 14 à 17 ans.
Samedi 21 Septembre 1743

A midi ¼, le vaisseau qui a paru hier a mouillé à l’Est de moi et m’a envoyé son capitaine en second qui m’a appris que c’était le Penthièvre, capitaine monsieur Beslin, sorti de Nantes il y a 35 jours, et qu’il venait pour recevoir 550 captifs pour monsieur Michel.
Commentaire
Il faut noter que le nom d’un navire ne suffit pas à le déterminer. On retrouve, par exemple, un vaisseau de la Compagnie des Indes nommé « Penthièvre » ou « Duc de Penthièvre » parti de Lorient pour le Bengale le 28/01/1743. Mais il s’agit ici d’un vaisseau de Nantes. La Vestale (voir 25/10/1743) notera également « Penthièvre » dans son journal de bord.
Ici encore, le commanditaire de l’opération est Gabriel Michel (1702-1765) – armateur & homme d’affaires nantais, un des principaux acteurs de la traite négrière en France.
Mardi 24 Septembre 1743

A 3 heures ½, j’ai vu un vaisseau qui courrait à terre par temps de brume. Peut-être ne savait-il pas être si proche. J’ai tiré un coup de canon. Aussitôt il a mis à l’autre bord.
Commentaire
Une belle illustration ici de la solidarité entre les marins. Le capitaine n’a manifestement pas identifié le vaisseau en cause, sans quoi il l’aurait noté dans le journal. Il l’a probablement sauvé d’un désastre.
Notons que le temps de brume ne permet peut-être pas au navire de voir la terre mais n’a pas empêché La Favorite de le repérer.
Ici encore on voit que les sirènes n’existant pas encore, les signaux d’alarme passent par des coups de canons.
Dimanche 6 Octobre 1743

Je suis descendu à terre pour accélérer mon départ et faire revenir mon aumônier à bord, ayant su qu’il voulait rester dans le pays, m’ayant dit qu’il s’était embarqué par jeu et que mon ordre n’était pas précis pour le faire ranger à son devoir de bord. Il y a cependant deux mois qu’il n’y est pas venu nous dire la messe et administrer les sacrements aux malades que j’ai en danger, comme je lui ai dit.
Commentaire
L’attitude de l’aumônier est étrange. Il souhaite rester à l’embouchure du Sénégal, bien que la « colonie » française y soit très réduite. La ville de Saint-Louis actuelle n’existe pas encore. Il est peu vraisemblable qu’il ait eu l’intention d’évangéliser les populations noires. D’ailleurs, il prétend s’être embarqué par jeu (?). L’argument selon lequel l’ordre du capitaine de regagner le bord serait ambigu a probablement décidé ce dernier à se déplacer en personne pour s’assurer de l’exécution de ses instructions.
Le capitaine se considère comme responsable de la santé de son équipage, corps et âme. Et l’attitude désinvolte de l’aumônier lui paraît inadmissible. Cependant, il n’aurait pas été concevable d’imposer la même discipline à un membre du clergé qu’au reste de l’équipage. L’aumônier fait partie des officiers majors. Il a donc fallu se montrer persuasif…
Mardi 8 Octobre 1743

J’ai eu jusqu’à présent des grains, de la pluie, des orages épouvantables.
Hier au soir sur les 9 heures et 1/2, est décédé le nommé François La Serre, mon 2ème calfat, de Lorient, âgé de 42 ans. Mon aumônier n’étant pas à bord, il n’a pu se confesser ce dont je suis bien fâché. Ce que j’appréhendais est arrivé.
Commentaire
Le rôle du calfat est particulièrement important sur ce type de navire puisque c’est lui qui est chargé d’inspecter quotidiennement l’état de la coque, de détecter et de colmater (calfater) d’éventuelles voies d’eau.
Apparemment l’expédition du capitaine auprès de l’aumônier l’avant-veille n’a pas permis de le ramener à bord. La mort sans confession d’un matelot va probablement constituer l’argument décisif pour obtenir que le RP Fournier revienne à bord.
Dimanche 13 Octobre 1743

A six heures du matin, j’ai eu connaissance d’un vaisseau dans le Nord-Nord-Ouest faisant route au Sud-Ouest. A 10 heures, je ne l’ai plus vu. C »était un brigantin anglais, ayant remarqué son pavillon.
Commentaire
La Favorite, amarrée dans l’estuaire du Sénégal, est apparemment toujours en travaux pour aménager ses cales en navire négrier. De plus il reste à charger de l’eau et des vivres. Dans l’attente, le capitaine peut au moins observer le trafic maritime local et en rendre compte.
Vendredi 25 Octobre 1743

A 4 heures du soir, j’ai eu connaissance d’un vaisseau et un bateau et, à 7 heures du soir, il a fait les signaux et a mouillé à mon Sud-Est. C’est la Vestale, de la Compagnie, capitaine Le Houx qui va à Juda. Le bateau est le Lion, pour ici, capitaine le sieur la Fargue. Il est de 90 tonneaux.
Et à 11 heures ce matin, j’ai vu un autre bateau qui a mouillé à midi. C’est le Tigre, capitaine le sieur Laget. Il a rencontré un vaisseau anglais de guerre avant les îles Canaries. Ce vaisseau venait de la Bermude et lui a dit avoir fait rencontre d’un petit bâtiment de la Compagnie nommé la Fière, capitaine monsieur Maugueret et qu’il faisait beaucoup d’eau, Son équipage malade étant aux pompes.
Commentaire
Les indications fournies par le journal de bord de Pierre François Populus, 2ème lieutenant de La Vestale laissent supposer qu’elle est mouillée au SO de La Favorite et non au SE.
Les nouvelles de La Fière, même de seconde main, ont certainement dû inquiéter fortement le capitaine. On voit ici comment les nouvelles circulaient en mer… en temps de paix. Quelques mois plus tard, la France est à nouveau entrée en guerre contre l’Angleterre, et la rencontre avec un vaisseau de guerre anglais aurait alors été d’une tout autre nature.
On sait que La Fière a quand même réussi à rallier Lorient où elle a été désarmée le 1er novembre 1743.
Dimanche 27 Octobre 1743

J’ai reçu 3 bateaux du Sénégal chargés de différents effets pour Gorée et 50 captifs pour moi. Il est parti un bateau pour Gorée, capitaine sieur St Martin.
Commentaire
Pour le moment, seuls 12 noirs avaient été embarqués le 19 septembre. Ils sont toujours en formation pour assister l’équipage. Avec le « chargement » de ces 50 premiers captifs La Favorite commence véritablement l’étape négrière de son voyage.
Lundi 28 Octobre 1743

A 4 heures du soir, le vaisseau la Vestale est parti pour aller à Gorée faire son tour à nègres et y faire de l’eau.
Un autre bateau m’a apporté 50 autres captifs.
Commentaire
L’expression utilisée par le capitaine « faire son tour à nègre » en dit long sur le regard porté par les négriers sur leur cargaison.
Mardi 29 Octobre 1743

A 7 heures du soir, je suis arrivé à bord avec les 50 derniers captifs d’ici et les expéditions tant pour la France, l’Amérique que pour Gorée.
N°1. Mort d’un Bambara qui avait bu de l’eau salée dans le bateau de barre, 6 sans (illisible), âge 22 ans
Commentaire
Les décès des noirs sont comptabilisés avec la même précision que pour les membres d’équipage. Cependant, faute d’informations sur l’identité des noirs morts, on verra que le capitaine se contente d’un sinistre comptage, chaque captif décédé étant identifié par un numéro.
Les causes présumées du décès sont toujours indiquées. Ici, on comprend qu’il s’est sans doute noyé au moment de l’embarquement, le « bateau de barre » servant de navette entre le point d’embarquement et la frégate au mouillage. Certains captifs tentaient de se jeter à l’eau pour s’échapper avant de monter à bord ou même une fois à bord, s’ils y parvenaient.
Avec 50 captifs supplémentaires, La Favorite a terminé l’embarquement de 150 noirs qu’elle devait embarquer au Sénégal, le complément se fera à Gorée.
Mercredi 30 Octobre 1743

Après avoir fait embarquer le bateau, à 4 heures du soir, j’ai appareillé, mon câble s’étant rompu.
Les courants m’ont porté dans le Sud-Ouest avec violence.
Suivant mon point de midi, le Cap-Vert me reste Est et Sud-Est ¼Est à une, distance de 8 à 9 lieues.
Commentaire
La ponctuation étant absente, on ne sait pas si « mon câble ayant manqué » vient expliquer d’avoir appareillé à 4 heures du soir, ou bien si cette mention est à relier à la route plein Ouest ou encore si les trois informations sont indépendantes. On propose ici la lecture qui nous a semblé la plus naturelle.
Jeudi 31 Octobre 1743

J’ai été étonné d’entendre le bruit de brisants, ne me pensant pas si proche de terre. J’ai viré de bord et couru au Nord jusqu’à 4 heures où j’ai reviré et gouverné au Sud-Ouest, espérant que les brisants soient ceux de la pointe des Almadies et que les courants avaient continué à me porter au Sud-Ouest.
J’ai cru les avoir doublés et fus fort surpris au jour de me voir à 2 lieues de la terre et qu’elle courrait dans l’Ouest-Sud-Ouest, ce qui me fait voir que, loin d’être doublé, je ne suis qu’en face de la baie des Almadies. J’ai reconnu les Mamelles.
A 8 heures, comme je remarquais que je tombais à l’Est de la pointe, j’ai fait sonder à 2 lieues de terre, 73 brasses, sable vaseux.
A 11 heures et ½ du matin, j’ai mouillé une ancre à jet, deux grelins. La terre la plus proche est ce qui commence la baie d’Yoff jusqu’à la pointe des Almadies. Cette baie n’est ni si grande ni si dangereuse qu’on la fait.
Commentaire
Le capitaine a dû se faire une belle frayeur en entendant les brisants au milieu de la nuit. Il était donc tout près de la côte alors qu’il s’en croyait plus éloigné. Un changement de cap immédiat a été nécessaire pour mettre La Favorite hors de danger. Cependant, le vent trop faible n’empêche pas le vaisseau de dériver à nouveau vers l’Est, c’est-à-dire vers la terre, le lendemain matin. D’où les coups de sonde d’abord, puis le choix de mouiller une ancre de jet. L’ancre est alors transportée par la chaloupe là où on veut amener le vaisseau et quand elle est en place, on hâle le câble pour rapprocher le vaisseau de l’ancre.
Vendredi 1er Novembre 1743

A 5 heures ½, j’ai appareillé.
A midi, j’ai relevé les Mamelles au Sud-Sud-Ouest à 6 lieues et la pointe des Almadies au Sud-Ouest ¼Sud 4° Sud (210°) à 6 lieues.
Commentaire
Pour contourner la pointe des Almadies, le capitaine doit affronter un vent de face, ce qui l’oblige à louvoyer. Mais le courant est également contraire, ce qui fait qu’il avance assez peu.
Samedi 2 Novembre 1743

J’ai gouverné sur plusieurs routes pour contourner la pointe. A 6 heures du matin, les Mamelles à l’Est-Nord-Est. Suivant la distance que je suis de terre les courants m’ont porté 2 lieues dans l’Est pendant la nuit,
A minuit ¼, il y a eu éclipse de lune qui aA duré jusqu’à 2 h ¾.
Commentaire
La quasi-absence de vent ne rend pas la navigation plus simple qu’un vent contraire, surtout quand le courant pousse vers la côte.
L’éclipse de lune est un phénomène suffisamment rare pour qu’il soit porté sur le journal de bord. Mais il est sans conséquence sur la navigation. C’est cependant une information très intéressante que nous livre le capitaine puisque cela signifie que la lune est pleine. Nous avons donc pu reconstruire les cycles lunaires pour l’ensemble des voyages et avoir une idée des périodes de mortes et vives eaux et de la puissance des courants qui en découlent.
Dimanche 3 Novembre 1743

A minuit, j’ai gouverné au Nord-Est jusqu’à 1 heure où j’ai mouillé par les 14 brasses d’eau, fond de sable vaseux.
Sur les 6 heures du matin, j’ai appareillé et couru sur Rufisque jusqu’à 7 heures où j’ai reviré de bord sur Gorée. A 8 heures¾, les vents ayant manqué, j’ai mouillé par les 18 brasses, sable et vase, coquillages. A 10 heures j’ai réappareillé jusqu’à midi ½ où j’ai reviré sur Gorée.
N°2. Il est mort un nègre de 20 années.
Commentaire
Compte tenu des courants, le capitaine préfère mouiller une ancre dès que le vent tombe, pour éviter de dériver, même s’il lui faut lever l’ancre quelques heures plus tard dès que le vent revient.
L’identification des captifs morts est plus que sommaire. L’âge, différent entre le texte et la mention marginale était, de toute façon, une estimation.
Lundi 4 Novembre 1743

J’ai tenu un bord au Nord-Est jusqu’à midi et ½ et fait encore un petit bord vers Gorée où j’ai été mouiller par 12 brasses, sable et vaseux et affourcher Sud-Sud-Est et Nord-Nord-Ouest, l’ancre la plus forte au large, et l’autre est celle à jet. J’y ai trouvé le vaisseau la Vestale, capitaine le sieur Le Houx, pour Juda et le sieur St Martin capitaine du bateau du Sénégal.
Commentaire
Bien que l’arrivée à Gorée soit annoncée dans le journal à la date de la veille, c’est seulement le lundi 4 novembre que La Favorite s’y met au mouillage. Rappelons que les journées à bord vont de midi à midi. Étant en pleine manœuvre de prise de mouillage, le journal de la veille se termine à midi ½.
L’île de Gorée se trouve entourée au Sud-Ouest par le Cap Manuel et au Nord-Ouest par le Cap Bernard.
Mercredi 6 Novembre 1743

A 8 heures du matin, le vaisseau la Vestale a appareillé pour Juda et le sieur St Martin pour le Sénégal.
J’occupe à peu presque tous mes bateaux et ceux de Gorée à m’expédier promptement tout mon monde mais on ne répond pas à la bonne envie que j’ai d’avancer le travail.
Commentaire
Visiblement le capitaine souhaite faire accélérer l’embarquement des captifs. Il sait sans doute fort bien que la valeur de sa précieuse cargaison diminue avec le temps que les noirs auront passé à bord. Or on verra le 17 novembre, quand il fera le point, qu’il en a déjà 151 à bord, embarqués au Sénégal les 27, 28 et 29 octobre.
Le fait de souligner dans son journal son empressement à accélérer l’embarquement est peut-être une façon de répondre par avance à la Compagnie qui pourrait lui reprocher une trop grande lenteur dans les opérations.
Jeudi 7 Novembre 1743

N°3. A 7 heures ½, il nous est mort un nègre de fluxion de poitrine. Après l’avoir visité à 9 heures, jeté à la mer.
Commentaire
Le diagnostic médical était, à cette époque, on s’en doute, particulièrement approximatif.
Le fait de jeter à la mer le corps d’une personne décédée à bord était une pratique courante, y compris pour les membres d’équipage quoique le terme « jeter » n’était pas employé dans ce cas et une petite cérémonie avait lieu. Cependant, elle ne se justifiait que pour autant qu’on était au large, sans moyen de conservation du corps. Ici, en considérant que le vaisseau est au mouillage en face de Gorée, il n’aurait pas été inconcevable de ramener le corps à terre. Peut-être y a-t-il une volonté délibérée d’impressionner les autres captifs ou peut-être plus probablement est-ce seulement le signe d’une totalement absence de considération pour le décédé.
Samedi 9 Novembre 1743

J’ai fait incliner le vaisseau pour s’assurer qu’il n’y a pas de tarets et lundi je ferai gratter le vaisseau pour lui donner un goudron.
Commentaire
On est bien loin de l’impatience manifestée le 6. Là il s’agit de se préparer sérieusement à une traversée de l’Atlantique qui, encore au milieu du XVIIIe siècle, restait une expédition.
Les tarets étaient considérés comme des vers et le capitaine l’écrit ainsi. Il s’agit en réalité de mollusques mais leur forme allongée prêtait à confusion.
Mardi 12 Novembre 1743

J’ai fait tendre mes haubans et étais et me prépare sitôt que j’aurai les captifs.
Commentaire
Comme le 9, avec l’inspection de la coque, il s’agit ici de travaux de maintenance préventive sur le vaisseau pour limiter les risques d’incident pendant la traversée. Les haubans maintiennent latéralement les mâts tandis que les étais ont un contrôle longitudinal. La composition des câbles et cordages de l’époque ne permettait pas de conserver une tension constante pendant un long trajet. La chaleur, l’humidité, provoquaient un relâchement qui pouvait entrainer la rupture des mâts. Il est très important de se préparer à cette traversée en limitant au maximum les risques d’avarie.
Dimanche 17 Novembre 1743

Hier et aujourd’hui, j’ai embarqué tous les captifs que j’avais à prendre à Gorée. 356 têtes avec 151 têtes prises au Sénégal font 507 têtes de nègres.
N°4. Mort d’un Bambara de cœur (?) de ventre, le 14 du mois, âge 24 ans, marqué 6 sur la droite.
Commentaire
Le comptage des captifs embarqués semble curieusement un peu imprécis. Sans compter les 12 noirs embarqués le 19 septembre dont il semble qu’ils n’aient pas effectué la traversée, si l’on additionne les embarquements des 27, 28 et 29 octobre au Sénégal, on arrive à 150 et non 151.
Le capitaine doit cependant rendre des comptes à son arrivée aux représentants de son commanditaire.
Avec 356 captifs supplémentaires embarqués, et même en déduisant les 4 morts, on dépasse les 500 noirs entassés dans les cellules aménagées dans la cale. Il n’est pas difficile d’imaginer à quel point les conditions de ce transport sont terribles.

Cette carte montre la côte telle qu’elle était connue à l’époque (en noir) comparée à la réalité (en couleur).
Ce voyage vers Gorée a failli être la fin de La Favorite. Pensant pouvoir contourner le Cap-Vert de nuit, la capitaine ne doit son salut qu’aux bruits des brisants qui lui font faire demi-tour. La reconstitution précise du voyage ramenée sur le tracé réel des côtes montre que la frégate était à environ 1/4 d’heure de s’échouer.
La dernière partie de cette étape montre bien comme les captifs étaient considérés comme du bétail. On verra plus loin l’horreur vécue par ces personnes pendant ce transfert.
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