Traite des Noirs

Transport et déportation
Les captifs achetés par les capitaines négriers étaient amenés à bord des navires au moyen de chaloupes puis descendus dans l'entrepont où ils étaient entassés dans des conditions souvent terribles qui pouvaient encore être aggravées par l'état de la mer. La mortalité pouvait dépasser 10 à 15 % et atteignait parfois 25%, voire plus. Finalement l'arrivée à destination devait souvent apparaître comme une sorte de délivrance même si elle débouchait sur une vie d'esclavage.

En 1743, les navires négriers pouvaient être de toutes tailles. Mais, on peut considérer que La Favorite et sa campagne de 1743-1744 constitue une illustration assez typique d'une expédition négrière à cette époque. 
Les Noirs embarqués en Afrique occidentale représentent pour l'armateur et pour le capitaine, une grande valeur potentielle, à condition de les mener à bon port. A noter que, selon le règlement de la Compagnie des Indes de 1733, le capitaine touche une prime de 5 livres pour chaque esclave amené vivant à destination. Cette prime représente plus d'un an de salaire, de quoi l'inciter à veiller tout particulièrement sur la santé de ses "passagers".

Mais en même temps, le grand nombre de Noirs transportés contre leur gré sur un navire par un petit nombre de Blancs, pose à ces derniers un problème de sécurité. 
Les cas de tentative d'évasion voire de suicide sont assez fréquents, surtout dans les premiers jours du transport. Il peut aussi y avoir des bagarres du fait de la présence de différentes ethnies et de la promiscuité insupportable dans la cale. 
D'autre part, des révoltes ont parfois éclaté sur des navires négriers et il est même arrivé ponctuellement que l'équipage soit tué par les Noirs. Dans le cas de La Favorite, on peut constater que le capitaine forme 12 contremaîtres noirs. Il s'agit probablement autant de pallier le manque d'effectif disponible dans l'équipage que de faciliter les contacts avec les captifs.

D'une façon générale, pour éviter tout risque de rébellion, les capitaines négriers se montraient assez durs avec les captifs sur les questions de discipline, n'hésitant pas à prendre des sanctions brutales en cas de manquement, à l'encontre de ceux qui étaient considérés, à tort ou à raison, comme les meneurs, généralement en présence des autres Noirs pour mieux les impressionner, sanctions pouvant souvent aller jusqu'au fouet, voire, en quelques occasions, à la mise à mort.

La mortalité des Noirs durant le transport est généralement élevée, en général de l'ordre de 10 à 15 % (elle était généralement supérieure à 30% à la fin du XVIIème siècle avec des bateaux qui n'étaient pas prévus pour ce type de commerce), mais parfois beaucoup plus si le voyage s'éternise. Loin devant les mauvais traitements, la cause principale des décès est le scorbut avec toutes les pathologies qui y sont associées. L'alimentation des captifs est encore plus pauvre que celle de l'équipage, déjà durement touché par cette carence en vitamine C qui commence à faire des ravages après deux ou trois semaines de mer. 
Pendant la traversée, la nourriture donnée aux Noirs se limite souvent à de la bouillie de fèves, la fève sèche étant une matière première bon marché et facile à transporter. Sur La Favorite, le régime alimentaire paraît plus généreux. Il comprend en outre un peu de viande, des biscuits et même de l'eau de vie, mais rien qui puisse limiter les effets terribles du scorbut.

La Favorite va traverser l'Atlantique de Gorée à Saint-Domingue en 41 jours, mais certains captifs étaient déjà à bord depuis 3 semaines quand la frégate appareille de Gorée pour Saint-Domingue le 17 novembre 1743. 
Il reste que la "cargaison" de captifs doit être présentable à son arrivée et des efforts sont faits en ce sens dans les derniers jours de la traversée. A l'approche de Saint-Domingue, on veille soudain à la propreté des Noirs et à leur présentation pour en tirer le meilleur prix.