Techniques de Navigation
Signaux & Communication
En 1743, les instruments de navigation sont encore rustiques. Il est pourtant nécessaire de mesurer le cap suivi, les relèvements* des terres rencontrées, la position des astres, le temps qui passe ou encore la vitesse du bateau. On comprend que l’incertitude associée à chacun de ces paramètres entraînait au final une marge d’erreur très conséquente qui avait un impact sur la façon de naviguer. 
Jusqu'à l'invention de moyens de transmission par radio, les seuls vecteurs de communication en mer étaient limités aux signaux optiques et sonores lorsqu'on était hors de portée de voix. 

S'identifier 
La première information à communiquer à un navire rencontré en mer était sa nationalité qui était, comme maintenant, affichée à l'aide d'un pavillon établi à la poupe. En cas de guerre, il arrivait que la nationalité exposée soit volontairement fausse afin de tromper un ennemi. Dans le cas de La Favorite, la flamme de la Compagnie des Indes était également arborée. Mais ces signaux n'étaient mis en place qu'au moment où on en avait besoin. 
D'après une ordonnance de 1670, l'interdiction était faite aux navires marchands français d'arborer le pavillon blanc réservé à la marine royale (1er rang, 12ème colonne dans le tableau). Il leur était imposé le pavillon bleu traversé d'une croix (1er rang, 6ème colonne). Colbert pondérera cet ordre en 1689 en acceptant tout pavillon qui ne serait pas entièrement blanc. Il semble cependant que son usage ait perduré. En 1739 Le roi accorda le pavillon blanc à la Compagnie des Indes puis à l'ensemble des navires marchands. 
 
Échanger des informations 
Au XVIIIème siècle, les structures très organisées comme la marine royale ou la Compagnie des Indes mettaient au point un code utilisant les flottants (flammes*, pavillons*, étendards, bannières, girouettes qui étaient des sortes de fanions...), lanternes et canons. Chaque élément avait une signification bien précise et leur combinaison en multipliait les possibilités à quoi on ajoutait parfois un sens à un réglage spécifique de certaines voiles. 
Outre le mélange de signaux visuels, leurs emplacements respectifs augmentaient le nombre des arrangements. Cependant la liste des informations transmissibles restait encore limitée. C'est pourquoi il a été imaginé par de la Bourdonnaye au cours du XVIIIème siècle un moyen simple alliant souplesse et performance en donnant une signification numérique à 10 flottants différents. La juxtaposition de ces signaux formait donc un nombre. L'officier chargé des signaux recevant ce message se reportait alors à son livre des signaux pour en connaître le sens. Ce livre avait donc une grande valeur et chaque capitaine faisait en sorte qu'il ne puisse tomber dans des mains non autorisées. Le code pouvait néanmoins être changé en cas de besoin. Il suffisait alors de rééditer une nouvelle table de correspondance, la signification numérique des pavillons restant la même. 
 
Le canon 
Le canon comme système de communication était employé comme l'est actuellement une corne de brume ou une sirène. Utilisé sans boulet, il servait au salut entre navires ou entre un navire et le commandant d'un port (voir le 2 juin 1743 par exemple). Là encore, on suivait un code et un protocole bien précis correspondant au grade de celui à qui était destiné ce salut. Il pouvait être utilisé aussi comme avertissement d'une urgence, soit seul comme le 24 septembre 1743, soit en accompagnement d'un message pour en souligner l'importance. Dans ce dernier cas, un coup de canon à boulet représentait un ordre impératif (voir le 15 mai 1743). Par temps de brouillard, il restait avec la cloche, le seul moyen de se signaler auprès des autres membres d'une escadre par exemple. 

La nuit 
De nuit, les lanternes de poupe marquaient la position des bâtiments qui naviguaient de conserve ou dans des zones de trafic maritime. Mais l'ajout d'autres signaux lumineux dans les vergues, accompagnés ou non de coups de canons, pouvaient assurer la continuité des communications entre les navires d'une même flotte.