Traite des Noirs

Marché des captifs
En 1743, la capture et la vente de captifs sont des activités auxquelles se livrent toutes sortes de personnes en Afrique. Des souverains aux bandits en passant par tous les trafiquants occasionnels, on enlève des ennemis ou de simples paysans, pour les proposer aux acheteurs blancs et tenter de s'enrichir à bon compte. 

Les Blancs se donnent bonne conscience en partant du principe qu'ils ne font qu'acheter et vendre des esclaves sans être partie prenante dans leur mise en captivité. Du reste, la morale s'accommode d'autant plus facilement de l'idée bien arrangeante que le sort des Noirs est le résultat d'une volonté divine, que l'Église catholique cautionne cette interprétation.

En 1743, les Français s'approvisionnent pour leurs besoins des colonies d'Amérique, souvent par le mécanisme du commerce triangulaire, avec des vaisseaux partant pour la côte d'Afrique occidentale (principalement de l'embouchure du fleuve Sénégal jusqu'à l'actuel Bénin), à partir des ports français de Nantes, Bordeaux, La Rochelle, Lorient et autres, chargés de marchandises susceptibles d'être troquées contre des Noirs. 
 
Des comptoirs de traite ont été organisés sur la côte africaine. Les captifs y sont amenés par leurs ravisseurs par la terre, parfois après de longues marches. Les navires négriers mouillent devant la côte en attendant leur chargement qui intervient dès que les aménagements intérieurs sont terminés et que le marché a été conclu entre le capitaine et les trafiquants. Le capitaine et les trafiquants se connaissent. Ils savent ce que recherche l'autre. Les trafiquants veulent surtout des armes, de l'alcool, des tissus, des objets utilitaires et des bijoux de pacotille. Les capitaines veulent des hommes et femmes en bonne santé, grands et forts, ni trop jeunes ni trop vieux, mais certaines origines ethniques sont l'objet de préjugés favorables ou défavorables qui influent sur la valeur de l'esclave. 
La cargaison de La Favorite est composée de 78% d'hommes, de 17% de femmes, de 2% de négrillons et de 3% de négrittes.
 
Pour le trafiquant, les biens et les objets reçus en échange d'une marchandise qui n'a rien coûté, permettent de récompenser ceux qui ont participé aux opérations de capture. Par ailleurs le trafiquant compte sur la pénurie de main-d'oeuvre dans les plantations pour soutenir les cours. Pour le capitaine, le prix payé pour acquérir les captifs est très modeste en regard de ce qu'il pourra en tirer lors de la vente aux enchères, une fois l'Atlantique traversé. 
 
En principe privilège de la Compagnie des Indes, ce juteux trafic est en réalité exercé par de nombreux armateurs privés qui sont loin d'être tous bénéficiaires d'une délégation formelle de la part de la Compagnie des Indes. Les autorités royales semblent assez complaisantes. Elles encaissent des taxes par l'intermédiaire des Fermiers Généraux et contribuent au développement des nouvelles colonies en encourageant le transport de cette main d'oeuvre bon marché vers les plantations. Le pouvoir central se concentre sur les aspects sécuritaires et économiques.