Techniques de Navigation
Instruments - Loch
En 1743, les instruments de navigation sont encore rustiques. Il est pourtant nécessaire de mesurer le cap suivi, les relèvements* des terres rencontrées, la position des astres, le temps qui passe ou encore la vitesse du bateau. On comprend que l’incertitude associée à chacun de ces paramètres entraînait au final une marge d’erreur très conséquente qui avait un impact sur la façon de naviguer. 
S'il était possible de connaître la latitude* du navire avec une précision suffisante, il n'en n'était pas de même pour la longitude*. Aucun moyen de mesure n'était encore au point pour connaître la position d'un navire par rapport à un méridien de référence. Le capitaine devait donc aboutir à une estime* la plus fine possible. Pour cela, la mesure de la vitesse de déplacement pendant un temps donné et suivant un cap connu permettait de transposer la dernière position connue ou déjà estimée. 

Le loch est l’appareil permettant de mesurer la vitesse de déplacement d’un navire sur l’eau (et non sur le fond). 
Il s’agissait à l’époque d’un système assez rustique composé essentiellement de deux éléments : 
Un triangle de bois lesté (appelé bateau de loch) pour flotter verticalement, offrant ainsi suffisamment de résistance à l’avancement dans l’eau pour servir de point fixe.  
Un long cordage léger (la ligne de loch) enroulé sur un tambour et relié au bateau de loch. Un nœud marquait régulièrement cette ligne pour en faciliter la mesure de longueur.  
 
La manœuvre consistait, après avoir mis l’engin à l’eau, à laisser filer le cordage et à compter les nœuds à leur passage dans la main. La mesure s’effectuait généralement en 30 secondes avec un espacement entre deux nœuds de 15,43 m. On avait alors la vitesse du bateau en nœuds (d’où est venue l’unité encore utilisée aujourd’hui). En cas de trop forte vitesse, on pouvait utiliser une ligne de loch adaptée avec des nœuds deux fois plus rapprochés et un sablier de 15 secondes et, a contrario, une mesure sur une minute avec des nœuds tous les 30,87 m. 

Rappelons que la terre est considérée comme une sphère dont l'unité de mesure, le mille nautique, pour les marins est de 1' d'angle de méridien. Celui-ci, faisant le tour du globe, représente donc 360°, c'est à dire 360*60 = 21600'. La minute d'angle vaut donc P/21600, P étant le périmètre. Si l'on considère P= 40000 Km, le mille marin est donc équivalent à 1.852 Km. 
Un nœud correspond donc à une vitesse de 15,43 m en 30 secondes, soit un mille marin en une heure (1,852 Km/h).

En 1743, aucune carte ne faisait encore apparaître les grands courants transocéaniques et beaucoup de marins modifiaient la longueur entre les nœuds pour que le résultat de leur mesure s'approche au mieux de ce qu'ils constataient de leur déplacement. Inutile de dire que l'erreur qu'ils croyaient avoir corrigée se reportait en d'autres lieux. Par ailleurs, une erreur d'une seconde dans la mesure du temps, soit par mauvais étalonnage du sablier, soit par mauvaise lecture de la part du responsable, représentait un écart de 120 milles nautiques après avoir traversé l'Atlantique ! Ces incertitudes se cumulaient avec celles de la mesure ou de l'estimation de la latitude ainsi qu'à celles des cartes.

Un matelot laisse filer le loch tandis qu'un autre surveille le sablier 
Musée de la Compagnie des Indes Port-Louis