Techniques de Navigation
Point & position - Écarts & Corrections
La nature encore relativement primitive des instruments, la méconnaissance de certaines techniques et le côté quelquefois approximatif des cartes entraînaient des écarts qu’il importait de corriger pour arriver à bon port, sans compter les erreurs de calculs ou de retranscription dans le journal de bord qui pouvaient toujours survenir.
En 1743, les instruments de navigation sont encore rustiques. Il est pourtant nécessaire de mesurer le cap suivi, les relèvements* des terres rencontrées, la position des astres, le temps qui passe ou encore la vitesse du bateau. On comprend que l’incertitude associée à chacun de ces paramètres entraînait au final une marge d’erreur très conséquente qui avait un impact sur la façon de naviguer. 

Le compas indique théoriquement le Nord magnétique et non le Nord géographique. Le pôle magnétique se déplaçant régulièrement, l’écart entre les deux varie d’année en année. Il n’est pas situé à la surface du sol mais en profondeur. Plus la latitude du navire est élevée, plus l’écart augmente. Par ailleurs, sa position en longitude modifie également l’angle entre les deux Nord. Cette différence est appelée «déclinaison». La déclinaison, dépendante donc de l’année et de la position du navire, est donnée par des tables et peut être positive ou négative.

De plus, le compas peut être soumis à des champs magnétiques liés à la proximité de matériaux ferreux qui perturbent plus ou moins sa justesse. C’est la «déviation». Elle peut être positive ou négative en fonction du cap suivi. On peut supposer que la déviation était très faible sur les bateaux de l’époque de La Favorite puisqu’il n’existait pas de grosse masse ferreuse à bord.

L’ensemble de ces deux phénomènes est appelé «variation». Le capitaine de Sanguinet la fait apparaître dans son journal de bord. Un moyen simple pour lui de la mesurer était de relever l’azimut (angle par rapport au Nord magnétique) du soleil au moment de la méridienne (voir ce nom dans la rubrique Latitude). Si les pôles magnétique et géographique étaient confondus, la lecture serait toujours 180°. L’écart entre la valeur mesurée et ces 180° représentent la variation.

Il est ensuite tenu compte de cette variation pour tracer la route et donner le cap à suivre.

La connaissance de sa position ne pouvait être qu’approximative en pleine mer. Si la mesure de la latitude était connue, elle n’atteignait pas encore en 1743 la précision que permettra plus tard la mesure angulaire de la lune avec d’autres astres. En effet, la lune se déplaçant dans notre ciel de façon particulière puisqu’elle a un mouvement propre autour de la terre, la connaissance de sa position par rapport au soleil ou d’autres étoiles permet, au prix de calculs complexes, d’affiner sa latitude et d’obtenir sa longitude.

Sur La Favorite, le point est donné en fonction d’une estime, c’est à dire en évaluant la marche (vitesse et cap réels) du bateau. Les courants peuvent modifier la vitesse sur le fond par rapport à la vitesse sur l’eau. Leurs directions et leurs forces étaient méconnues. Le cap réel est fonction de la précision de l’homme de barre, des courants et de la dérive du bateau selon son allure*. Le capitaine de Sanguinet ne pouvait donc corriger sa position qu’en vue de la terre. La lecture du journal de bord montre combien il était important de "reconnaître" cette terre pour savoir où l’on se trouvait. Cependant, même dans ce cas, le contrôle de latitude et une estime basée sur un contrôle récent donc relativement correcte, pouvaient montrer que la carte était fausse.

Si nous voyons maintenant l’image de notre monde avec autant de précision, il n’en était pas de même en 1743. Les cartes marines, déjà extrêmement améliorées depuis le siècle précédent, étaient encore bien souvent le résultat de l’interprétation que le cartographe faisait des différents éléments à sa disposition. Le monopole de production n’étant pas encore établi, certaines cartes étaient réputées pour être plus fiables que d’autres dans tel ou tel secteur de navigation. Les hollandais furent longtemps les maîtres en la matière et il n’est pas étonnant que le capitaine de Sanguinet ait disposé à bord des documents produits par Johannes Van Keulen. Il faut noter au passage que ces cartes étaient présentées sous forme d’atlas relié.

Les navigateurs avaient pris l’habitude d’annoter et corriger les documents utilisés. En effet, et ceci sera beaucoup plus marqué à la fin du XVIIIème siècle avec la possibilité de mesurer la longitude, les relèvements de position et d’amers (repères) sur la côte étaient notés dans le journal de bord et utilisés ensuite pour l’amélioration des cartes. Une forme de production collaborative, en quelque sorte, puisqu’il était impossible au cartographe de se déplacer partout.

La carte ci-dessus est un extrait de celle de Van Keulen, telle que celle qui était à bord de La Favorite. Nous y avons reporté les contours réels des côtes afin de mettre en évidence les écarts.

Pour établir cette comparaison, nous avons pris comme hypothèse que Le cap St Vincent (au Portugal), Tenerife et le Cap Vert avaient des positions connues d’une façon fiable. On remarque que, pour autant, les emplacements des autres îles sont erronés, particulièrement pour Madère dont la dimension est également surestimée.

Nous avons également reporté (en bleu) le tracé de La Favorite tel qu’il est indiqué dans le journal de bord. Le capitaine pensait passer à l’Ouest de Madère le 22 mai et s’étonne de ne rien voir. En effet, cette route ne peut être celle qu’il a réellement suivie puisqu’elle l’aurait jeté à la côte (en rouge). Nous avons interprété différents éléments recoupés avec la réalité géographique pour apporter des corrections et tracer la route probable (en vert). Les causes de cet écart nous restent inconnus (erreur de mesure, d’écriture, de calcul, mauvaise estimation de courants…).

source Wikipédia
Les pôles géographique et magnétique