Techniques de Navigation
Approche des Côtes - Ancre
Les dangers de la navigation au large sont essentiellement liés à la météo et à l'état de la mer. Ils se multiplient lorsque le vaisseau navigue dans des fonds qui diminuent fortement et à proximité d'une côte, a fortiori si celle-ci est sous son vent. En effet, les navires du XVIIIème siècle n'avaient qu'une capacité à remonter au vent extrêmement limitée et il leur était très difficile alors de se sortir de ce mauvais pas. Dans une pareille situation et ne disposant que de cartes sommaires imprécises et entachées d'erreurs, l'urgence était de vérifier qu'on avait encore suffisamment d'eau sous la quille en s’apprêtant, le cas échéant, à stopper le navire à l'aide des ancres*.

La fonction de l'ancre* est l'accrochage, généralement au fond de l'eau, pour obtenir un point fixe par l'intermédiaire d'un câble et assurer ainsi une certaine sécurité au navire.
Les ancres* modernes ont des formes différentes de celles de 1743 et leurs performances sont bien supérieures. Actuellement, l’efficacité d'un mouillage à l'ancre* dépend également de la chaîne étendue sur les fonds qui absorbe les à-coups de traction du navire. Au XVIIIème siècle les câbles d'ancre* n'étaient que des cordages que le frottement sur les fonds usaient rapidement et qui transmettaient directement à l'ancre* chaque mouvement imposé par la mer au vaisseau. 
A l'époque qui nous intéresse ici, les ancres* étaient du type à jas. Un double crochet composé de deux bras terminés par des becs était fixé au bout d'une tige métallique, la verge, elle-même prolongée par un anneau, l’organeau. Perpendiculairement aux bras et en dessous de l'organeau, le jas était formé de deux pièces de bois enserrant la verge par leur milieu. Le jas devait être d'une longueur suffisante pour que la traction du câble lui impose une position à plat sur le fond. Ainsi les bras se trouvaient à même d'accrocher au mieux le fond. 
Les ancres* principales étaient trop encombrantes pour être stockées dans le navire. Elles étaient donc fixées à l'extérieur, sur leurs bossoirs, supports de soutien. Une frégate pouvait disposer de 4 à 6 ancres* de bossoir. 
Le journal de bord de La Favorite mentionne également l'usage d'ancre* à jet* (ex : 31 octobre 1743). Il s'agit là d'un usage particulier destiné non pas stopper le navire mais au contraire à lui permettre de se déhaler en cas de vent nul ou contraire. La manœuvre consiste à faire porter une ancre* à jet* dans la direction vers laquelle on souhaite tracter le vaisseau. Cette opération se fait à l'aide de la chaloupe dans laquelle on charge l'ancre* reliée au navire par son grelin*. Une fois mouillée, l'ancre* offre une résistance qui, en virant au cabestan, fait lentement avancer le bateau de quelques centaines de mètres. Il était souvent nécessaire de répéter plusieurs fois cette manœuvre épuisante pour enfin pouvoir mettre à la voile. 
La fatigue imposée à l'équipage lors des manœuvres d'ancre* justifiait de choisir celle qui convenait pour l'usage qu'on voulait en faire. Aussi réservait-on la plus grosse, la plus lourde qu'aux mouillages de longue durée ou en dernier recours quand toutes les autres solutions avaient échoué. C'est pourquoi elle était parfois appelée ancre* de miséricorde.
En 1743, les instruments de navigation sont encore rustiques. Il est pourtant nécessaire de mesurer le cap suivi, les relèvements* des terres rencontrées, la position des astres, le temps qui passe ou encore la vitesse du bateau. On comprend que l’incertitude associée à chacun de ces paramètres entraînait au final une marge d’erreur très conséquente qui avait un impact sur la façon de naviguer.