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Journal

11 décembre 1743
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Mercredy 11e Les vents du NNE a lest, petit fraix presque calme, la mer Belle, Singlant* a toutes voilles, le tems Beau tenant la route du ouëst, Jusques a midy que jai observé la Lattitude N de ---- 19d 48  
Latt estimée N ------------------------------------------------------ 19d 48  
Longitt arrivée -------------------------------------------------------- 323 9  
la route me vaut le O 2d½ N -------------------------------------- 261  
(N° 28 mort un nègre guÿolof de Scorbut agé de 26 ans m 6 Sur la Droite)  
Variation observée NE, ortive* 2d 30m, hier, sur les 5 hres du soir, il mourut un negre guÿolof du Scorbut agé de 26 ans ; Je fais laver les negres, avec de Leau douce et du vinaigre.
Notes :
1 il s'agit bien sûr de lieues même si cela n'est pas précisé
Journal du capitaine Pierre-René Behourd
du mercredy 11e  
(mort un noir)  
depuis hier midy a aujourdhuy midy Les vents on variée du NNE a Leste petit vents beau temps. mer belle Singlée a oueste 26L. et a midy La Route ma valeu Le oueste 2d 30m Nord chemin ----- 26L  
Latt observé Nord ---------------------------------------------- 19d 48m  
Longt estimé --------------------------------------------------- 323d 8m
Commentaires : 
  • Le fait de faire laver les captifs à l'eau douce et au vinaigre était censé combattre les effets du scorbut. En 1743, on avait récemment observé que le jus de citron ou d'autres agrumes avait un effet bénéfique, mais comme on était encore loin d'avoir découvert la vitamine C, c'est l'acidité que l'on croyait capable de combattre la maladie. De plus on avait négligé la nécessité d'ingérer le remède pour qu'il soit efficace. Comme La Favorite ne dispose probablement pas de citrons alors que le vinaigre est disponible en abondance, un badigeonnage avec ce produit est donc tenté pour lutter contre le scorbut.
  • Par ailleurs, laver les captifs permet aussi d'améliorer la présentation de ceux qui seront bientôt vendus et que des semaines d'entassement dans les cales dans des conditions épouvantables, ont sans doute rendus repoussants. 
  • L'usage de l'eau douce pour cette opération nous donne des indications précieuses. D'abord, le capitaine sacrifie une des denrées les plus précieuses sur un vaisseau, l'eau douce, c'est dire si sa "cargaison" vaut de l'or. Mais si on considère que les tonneaux d'eau douce servaient aussi de lest, il est possible qu'à ce stade, la quantité restante permettait d'en sacrifier une partie sans prendre de risque de manque. Ensuite, le capitaine savait qu'on approchait de la destination et qu'il devenait moins nécessaire de rationner les réserves d'eau douce.