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Journal

22 mai 1743
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Mercredy 22e.
(Variation NO 11d 15 m) 
les vents du N¼NE au NNE petit frais, mer Belle, cinglant* a toutes voilles le jour, la nuit a petites voilles a cause du Sr peutricq, que je garde a veüe1, fait route au SSO, tems gras* et chargé dans l'ESE, a midy jai fait le S¼SO croyant etre dans louest des Islles2, et que si Jetois est, la route seroit Bonne a cause de Salnages**3 qui sont 14L plus est quelles ne sont marque  
lattitude observée nord ----------------------------- 31d 13 m  
lattitude estimée nord ------------------------------- 31d 8 m  
Longittude arrivée ----------------------------------- 358d 59 m  
La route me vaut le S¼SO chemin ----------------- 38L
Notes : 
1 Le capitaine "garde à vue" (garde la vue sur) Le Brochet, commandé par Laurent Peutric, ayant déjà perdu le contact avec Le Léger
2 Il s'agit de l'Île de Madère (voir commentaire) 
3 les Îles Salvages 

Explications concernant la carte : 
en rouge les contours réels des îles. Leur position est parfois assez éloignée de ce qui figure sur la carte du capitaine. 
en bleu la route que le capitaine croit avoir faite. 
en vert la route probablement suivie par La Favorite dans la réalité. 
Commentaires : 
  • Le Capitaine a bien vu l'erreur sur la carte. Cependant les mesures modernes donnent plutôt 10 lieues (30 milles nautiques) que 14 (42 milles nautiques). 
  • La route indiquée et les points de relèvement ne semblent pas cohérents pendant quelques jours. En effet, le capitaine trace une route en direction de Madère avec l'idée de passer à l'Ouest et écrit qu'il poursuit au S¼SO. Cependant, il annonce voir les îles Salvages le 23/05. S'agit-il d'une erreur de calcul, de retranscription sur le journal de bord, du cap suivi par l'homme de barre ? Toujours est-il que le tracé des points indiqués amènerait La Favorite à s'échouer sur l'île de Madère. En partant de son observation qui nous situe approximativement La Favorite et en retraçant à rebours sa route, nous constatons une divergence des routes depuis le cap Finisterre. L'écart finit par dépasser 55 milles nautiques (plus de 100 Km). L'erreur de longitude peut être liée à une mauvaise évaluation de la vitesse réelle du navire. On retrouvera ce phénomène dans les traversées vers St Domingue d'une part et de retour vers Lorient d'autre part.
  • Hyacinthe de Bougainville, le fils aîné du fameux navigateur, a, comme son père, fait une expédition autour du monde. Parti de Brest en 1824, il explique qu'il était, à son arrivée sur Tenerife, 2° 43' plus à l'Est que son estime. Il ajoute que son père était à 4° 7' plus à l'Est que son estime en 1766, à bord de La Boudeuse. Il continue en disant que le phénomène est fréquent et que nombre de bateaux se sont trouvés en face des côtes de Barbarie en croyant arriver à Tenerife. Il attribue ceci au fort courant d'appel vers la Méditerranée et, en comparant les résultats de divers bateaux, arrive à une vitesse de 0.25 à 0.33 nœud vers l'Est. Pour La Favorite
    on peut estimer l'écart à environ 1° 30' minimum.